Bilqiss, le prénom d’une femme qui se voit menacée de lapidation.
Pourquoi ? Officiellement, elle a osé monter au sommet du minaret et y déclamer une prière remaniée à sa façon. Honte, horreur, blasphème lapidons cette femme impure. Et, depuis sa cellule, nous apprenons tout de la vie de Bilqiss, de la condition de la femme musulmane et de la bêtise des fanatiques.
Accusées de tous les maux, dont celui d’avoir dans son réfrigérateur des aubergines non coupées, signe phallique qui ne fait que confirmer que l’accusée était femme de peu de foi. Elle tiendra tête, grâce à sa verve acide, à ces hommes qui considèrent les femmes comme des êtres inférieurs.
On voudrait la plaindre, l’aider, militer pour elle et pourtant, elle exècre les biens pensants. D’ailleurs, elle confesse à une journaliste américaine, venue dans l’espoir de montrer à la face du monde les atrocités faites aux femmes, que l’unanimisme émotionnel est ce que le micro-onde est à la gastronomie, facile et nuisible.
Ce roman, bien écrit, répertorie un florilège de phrases assassines, montrant l’esprit et la détermination de l’héroïne. C’est un des rares récits sur ce sujet qui dépeint les femmes comme étant réfractaires à la pitié.
Pourquoi vouloir les aider ? Les considère-t-on comme incapables de gérer leur existence ? Que connaissons-nous de leurs besoins, nous occidentales qui retourneront à notre vie facile après avoir fait le show et s’être senties utiles en soutenant ou militant pour une cause qui nous dépasse?
Pire, pourquoi nous battons-nous pour défendre une femme aux prises avec la « justice » sans même avoir pensé qu’elle pourrait avoir commis un acte répressible ?
Pour ces femmes, l’homme et la religion sont la source du problème. L’homme, car il est incapable de regarder l’une d’entre elles sans voir dans ses formes un appel au sexe ou de croiser un regard féminin sans y lire une invitation au plaisir charnel. L’homme qui glorifie sa mère de l’avoir fait naître, mais qui la hait d’avoir eu une relation sexuelle. Puis il y a, la religion, qui, une fois interprétée et transmise par des illettrés sert d’excuse aux cruautés commises contre elle.
Un roman qui fait réfléchir à ce qui se passe là-bas, certes, mais surtout à notre comportement de chevalier bienfaisant occidental en quête de bonnes actions.
L'auteur
Saphia Azzeddine, née au Maroc, a grandi à Ferney-Voltaire. Elle est également scénariste, actrice et réalisatrice.
"Confidences à Allah", son premier roman (Éditions Léo Scheer, 2008), dont l’adaptation théâtrale a triomphé au festival d’Avignon et à Paris, l’a d’emblée imposée comme une des voix les plus singulières de sa génération.
Son film "Mon père est femme de ménage", tiré de son propre roman, reçoit le prix du public Europe 1 lors du Festival international du film de comédie de l'Alpe d'Huez en 2011.
Bilqiss de Saphia Azzeddine
Paru le 4 mars 2015 aux éditions Stock
ISBN-13: 978-2234077966
218 pages
18.00 €
N'assumes-tu jamais tes actes, hasan? prendrais-tu Dieu pour un idiot? Pensez-vous pouvoir Le rouler, bande de cagots? Tu crois qu'Il ne t'a pas vu profiter de ta nouvelle position pour imposer à une femme un mariage dont elle ne voulait pas? Si je l'ai vu, c'est qu'Il l'a vu. Tout est putride ici. Tout. Du pouvoir en place à mon bassin de jardin, plus rien n'est bon. Alors laisse-moi pleurer, Hasan, ces larmes, c'est la seule eau potable qu'il me reste.
Regardez, la semaine dernière encore cette pauvre femme qui a été condamnée à la lapidation en Iran, Sakineh je ne sais pas quoi, ils sont complètement malades ces mecs !
- Historiquement, la lapidation nous vient de la Loi juive, Leandra. Les juifs lapidaient les hommes et les femmes adultères. Cela relève de la loi mosaïque. C'est le Christ qui, le premier, contesta cette pratique en s'opposant aux membres du Sanhédrin. Lorsqu'un jour ils lui présentèrent une femme adultère, le Christ répondit : "Que celui qui n'a jamais péché lui jette la première pierre." Et ils se retirèrent tous les uns après les autres comme la belle bande d'enfoirés qu'ils étaient.
Je savais aussi que s’épiler les sourcils était interdit puisque ça altérait la création de Dieu. Il ne fallait rien dénaturer et revenir à Lui comme II nous avait créés. Bien entendu, cette règle ne s’appliquait pas aux femmes dont les visages, après la lapidation, parvenaient en lambeaux à Sa porte. Elles, on avait le droit de les défigurer à souhait, pourvu que l’on ne redessine pas la courbe de nos sourcils.
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