Il était temps d'être un homme, d'avancer vers elle comme un homme et de l'embrasser sur la bouche puisque c'était cela dont j'avais envie, cela dont je rêvais, et si nous ne faisons pas d'effort vers nos rêves ils disparaissent, il n'y a que l'espoir ou le désespoir qui changent le monde, en proportion égale, ceux qui s'immolent par le feu à Sidi Bouzid, ceux qui vont prendre des gnons et des balles place Tahrir et ceux qui osent rouler une pelle dans la rue à une étudiante espagnole, évidemment ça n'a rien à voir mais pour moi, dans ce silence, ce moment perdu entre deux mondes, il me fallait autant de courage pour embrasser Judit que pour gueuler Kadhafi ! Enculé ! devant une jeep de militaires libyens ou hurler Vive la république du Maroc ! seul au beau milieu du Makhzen à Rabat.
Rue des voleurs, voici une histoire que je conseille à tous.
Je parle d’histoire, car je n’ai pas lu le roman, mais écouté le livre audio. Neuf heures d’écoute dont je n’ai raté aucun mot.
Parlons d’abord de la voix d’Othmane Moumen qui est parfait dans cette lecture, car certes, il maîtrise la langue arabe, mais aussi parce qu’il a le don de jouer plusieurs personnages sans que cela paraisse artificiel. Aussi, lorsqu’il endosse le rôle d’un personnage féminin, son naturel rend la lecture fluide et agréable à l’oreille.
Ensuite, le texte en lui-même qui a du être précédé par un travail de recherche assez pointu. C’est là, le point fort de Mathias Enard, écrire de belles histoires qui se basent sur des faits réels.
Ici, le printemps arabe, vu par Lakhdar, un jeune marocain, chassé de la maison familiale, après avoir été surpris nu avec sa cousine Meryem. Une vie d’errance débute pour lui, SDF, il tente de survivre et c’est par chance qu’il retrouve son ami de toujours, Bassam. Ce dernier le présente au chef d’un groupe islamiste. Accueilli, il occupera la fonction de libraire le jour, la nuit, en compagnie de son fidèle ami, il écumera les bars et admirera les filles qui passent dans la rue. C’est ainsi qu’il rencontrera Judith, étudiante d’origine espagnole dont il tombera amoureux.
Difficile quand on a pas de visa de se rendre en Espagne, pays qui peuple ses rêves. Alors, il regarde sa bien-aimée s’en aller et tente de trouver un moyen de traverser. Mais, l’Europe est-elle réellement un eldorado pour un jeune sans papier ?
Je n’en dis pas plus, sachez juste que Lakhdar a vécu 10 000 vies en une seule, instruit, il a une vue très claire sur ce qui l’entoure et sur les conséquences que pourraient avoir certains de ses actes.
Rue des voleurs, c’est un roman sur l’espoir d’une vie plus simple que nourrissent beaucoup de jeunes magrébins, mais aussi sur la déchéance de l’Europe en pleine crise économique. C’est également une histoire d’amour ou plutôt devrais-je dire « d’amours », car Meryem ne quittera jamais ses pensées et bien sûr, une ode à l’amitié et un vrai périple initiatique.
Ce roman, ainsi que son auteur, rejoignent ma catégorie coup de cœur !
Rue des voleurs de Mathias Enard
Livre lu paru le 13 février 2013 - Audiolib
Prix public conseillé : 22.90 €
Format : Livre audio 1 CD MP3 - 618 Mo
Code EAN : 9782356415585
Version papier
Parue le 20 août 2014 aux éditions Babel (collection poche Actes Sud)
ISBN-13: 978-2330028619
348 pages
8.70€
L'auteur
Né en 1972, Mathias Enard a étudié le persan et l’arabe et fait de longs séjours au Moyen-Orient. Il vit à Barcelone.
Il est notamment l’auteur de six romans parus aux éditions Actes Sud : La perfection du tir (2003, prix des Cinq Continents de la francophonie ; Babel n° 903), Remonter l’Orénoque (2005), Zone (2008, prix Décembre, prix du Livre Inter ; Babel n° 1020), Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants (2010, prix Goncourt des Lycéens, prix du Livre en Poitou-Charentes 2011), Rue des Voleurs (2012) et Boussole (2015). Ainsi que Bréviaire des artificiers (Verticales, 2007) et L’alcool et la nostalgie (Inculte, 2011 ; Babel n° 1111).
Il n'y a rien à comprendre dans la violence, celle des animaux, fous dans la peur, dans la haine, dans la bêtise aveugle qui pousse un type de mon âge à poser froidement le canon d'un flingue sur la temps d'une fillette de huit ans dans une école, à changer d'arme quand la première s'enraye, avec le calme que cela suppose, le calme et la détermination, et à faire feu pour s'attirer le respect de quelques rats de grottes afghanes. Je me suis souvenus des paroles de Cheikh Nouredine, provoquer l'affrontement, déclencher des représailles, qui souffleraient sur les braises du monde, lanceraient les chiens les uns contres les autres, journalistes et écrivains en tête, qui se précipitaient pour comprendre et expliquer comme s'il y avait quelque chose de réellement intéressant dans les méandres paranoïaques des méninges si réduites de cette raclure dont même Al-Qaida n'a pas voulu.
/image%2F1206429%2F20150131%2Fob_b9b9df_9782742793624.jpg)
Parle-leur de batailles, de rois et d'éléphants de Mathias Enard - Que lire ?
Je suis sous le charme de ce récit historico-poétique. Que c'est bien écrit et fluide! Des petits chapitres d'une page parfois deux qui se dévorent. Michelangelo, sculpteur et architecte de gé...
Découvrez un autre roman de Mathias Enard ! Un vrai coup de coeur !
