J'ai les jetons. Nous aimer lui et moi, mais pour quoi faire ? Je n'aime personne. Tu vois bien comment je me traite ! Tu vois bien comment mon corps veut euthanasier le tien. Tu ne sens pas mon mensonge quand tes lèvres se posent sur mes frémissements de mauvaise hardeuse? Dans quelles illusions fais-tu tes ablutions pour supposer un instant que tu puisses me plaire ? Sais-tu qui je suis ? La petite Barbare, non ?
Petite, elle espérait un geste tendre de sa mère. Cette femme qui subissait la vie aux côtés d’un mari sans perspective autre que de passer ses journées allongé dans le canapé, une bière à la main. Elle le sait, elle ne souhaite pas reproduire le même schéma. Jamais elle ne se contentera d’être une ombre aux côtés de son enfant, jamais elle ne se contentera d’être celle qui « écartera les cuisses pour un bout de rêve bleu ».
Mais la vie en banlieue ne lui offre pas beaucoup de choix, son rêve bleu, elle l’a touché du bout des doigts en ayant retenu l’attention de David. Ce bref instant où il l’a embrassée et exploré son corps pour la repousser, car comme il le lui a dit, qu’est-ce qu’elle croit ? Une pauvre n’obtiendra de lui jamais plus qu’un bref instant dans un coin obscur.
La spirale qui la mènera à une vie qu’elle aurait voulu éviter débute lorsqu'elle s'éloigne de l'école pour passer du temps en compagnie d’Esba, le caïd de la cité et son ami, celui qui la comprend, qui comme elle, rêve d’argent et d’une vie facile.
De petite fille en manque d’affection, elle se transforme en femme enfant qui attire les hommes. Elle séduit, Esba filme, ils font chanter les faibles. Et la spirale s’emballe, de plus en plus d’hommes, de plus en plus d’argent, de plus en plus de violence, jusqu’au dérapage, au meurtre....
Et c’est en prison où elle prend le surnom de « petite barbare » qu’elle aura tout le loisir de penser à son avenir. Encore faut-il échapper à son passé, connu de tous, ne plus céder à ses pulsions et prendre sur soi.
Excellent premier roman d’Astrid Manfredi, au sujet difficile qui m’a fait penser à la triste histoire d’Ilan Halimi, lui aussi tombé dans les filets d’un gang connu sous le nom du « gang des barbares », qui utilisait une jeune femme pour attirer ses proies.
L’utilisation du point de vue de l’appât donne un aspect plutôt intéressant au récit. Cette impression d’être née dans la mauvaise famille, cet espoir de faire mieux que la génération précédente pour au final, répéter les mêmes erreurs et se perdre dans la haine.
Quant à l’écriture d’Astrid Manfredi, elle reflète très bien la condition des personnages dans les dialogues tout en employant un style plus recherché pour les parties descriptives et les pensées.
Une lecture que j’ai beaucoup aimé et que je conseille vraiment, pour l'histoire, triste reflet du désespoir et du manque d'estime de soi de certaines jeunes filles, pour l'auteur, à découvrir au travers de ce premier roman.
"La petite barbare" d'Astrid Manfredi
Paru le 13 août aux éditions Belfond
160 pages
ISBN-13: 978-2714459435
L'auteur
Astrid Manfredi a créé le blog de chroniques littéraires Laisse parler les filles. Elle intervient ponctuellement pour le Huffington Post, toujours autour de la littérature. La Petite Barbare est son premier roman.
/image%2F1206429%2F20150822%2Fob_2d36b4_la-petite-barbare.jpg)
/image%2F1206429%2F20150823%2Fob_9204b9_challenge-rentree-litteraire.png)
/http%3A%2F%2Fwww.babelio.com%2Fusers%2Fcouvbarbare.jpeg)
/image%2F1206429%2F20150819%2Fob_aa71c4_paradis-amer.jpg)